SEX AND FURY   -   Furyô anego den : Inoshika Ôcho
 
Annee
Duree
Genres
Pays
Réalisateurs
Acteurs
Notes rédactions
Notes visiteurs
0 commentaire(s)
1973
1h28
Reiko Ike – Akemi Negishi – Ryoko Ema – Yoko Hori – Naomi Oka – Rena Ichinose – Tadashi Naruse – Rie Saotome – Christina Lindberg …

LISTE DES CRITIQUES
Critiqué par fear le 19/10/2009 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
836 critique(s)
Voir toutes ses critiques
 
« Sex and fury » est un pinky violence qui met en exergue la revanche d’une jeune fille sur les meurtriers de son père, deux décennies plus tard. Dans une joyeuse irrévérence, Suzuki offre un mélange esthétisant et psychédélique de coups de sabres et d’ébats mais une intrigue ennuyeuse. Entre modernité – occident, guitare, pop art – et tradition – armes blanches, révolte passéiste -, on débouche sur un bain de sang et de sexualité sur fond de changements au Japon. Cela reste de l’exploitation honnête mais rien de plus …
 
En ce début d’années 70, la femme fatale experte en vengeance et autres gestions de rixes fait rage. La Toei lâche la bride à ses poulains et permet d’évoluer librement dans des horizons d’exploitation franchement assumée. Ne venez donc pas chercher la petite bête, le métrage est libre et décomplexé et il fait partie sans nul doute de ces fragments cinématographiques qui ont donné les « Kill bill » de Tarantino.

Un an avant son « Le couvent de la bête sacrée » (1974), c’est un Suzuki porté par des ambitions humbles mais une véritable envie de faire plaisir à son public qui se présente. Outre le contexte historique qui est survolé mais pas négligé – pour un film de sexploitation que l’on s’entende bien -. Il en profite pour amener des territoires extérieurs – maladroitement – mais surtout la suédoise iconique Christina Lindberg qui ravissait bien des mirettes quand elle se mettait nue.
Le flambeau de cette série sera confié à un autre réalisateur emblématique Teruo Ishii qui tournera « Female yakuza tale : Inquisition and torture » (1973).

CHRONOMIX

Suzuki va mélanger deux influences fortes et non marginales dans son style. L’histoire se déroule à la fin du 19ème siècle où la tradition est encore présente mais où les belliqueux nippons veulent assoir leur supériorité sur leurs voisins – Russes et Chinois en tête -. Cela fait privilégier les geishas et l’utilisation d’armes blanches. On remarque quelques codifications du chambara où le katana est la plupart du temps remplacé par le sabre court, le wakisashi.

De cette ambiance retro qui montre la tendance conservatrice et révolutionnaire à la fois. Shunosuke qui vivra une idylle avec Christina, fait partie d’un groupuscule qui s’habit en samouraï et n’utilise pas d’armes occidentales. Ce face à face monte un Japon mourant se raccrochant désespérément à un passé et à ses symboles.

Les non-japonais sont des nouveaux arrivants qui copinent avec les hautes sphères du pays. D’un certain côté, le populisme est bien présent puisque Suzuki préfère placer l’amour et les idées saines du côté des révoltés plutôt que dans les mains des dirigeants. Difficile de ne pas voir l’écho portant un Japon malade dans cet après-guerre qui l’a vu chuté face à ces mêmes occidentaux.
Côté Histoire, on peut dire que c’est expéditif et hormis les protagonistes qui forment l’ossature scénaristique on ne verra que quelques rappels historiques – projections dans le repère des collègues d’Ocho -.

La dualité se retrouve jusque dans la BO. Quelques notes en acoustique assez traditionnel viennent se faire bousculer par des thèmes plus modernes et notamment l’accompagnement à la gratte électrique dont la parenté avec Hendrix est indéniable.

BEAUTE SPORADIQUE

Dans le monde impitoyable de la pinky violence – a ne pas confondre avec le « violent pink » assez glauque – qui considère les femmes criminelles comme héroïnes, la place adjugée aux femmes est évidemment d’ordre physique.
On ne peut se méprendre, malgré toute l’inventivité du monde, c’est l’érotisme qui mène la danse et tous les autres éléments deviennent alors exogènes. Outre Lindberg déjà bien connue, c’est Reiko Ike qui campe Ocho. Elle s’est illustrée dans la franchise « Sukeban », jouera dans la suite made in Ishii ou encore dans « Criminal Woman : Killing melody » (1973). Pas au niveau des charismatiques du genre comme Meiko Kaji, elle s’ancre assez bien dans son personnage sans toutefois lui donner de lisibilité. Elle incarne la vengeance mais jamais l’émotion sous-jacente. Certes, on ne se trouve pas dans un mélodrame mais la prestance n’est pas au rendez-vous.

Le film est très inégal et il faudra attendre que la spirale destructrice passe la seconde pour que le rythme s’emballe et que l’intérêt augmente un peu. Le script est très faible et comme les personnages et acteurs/actrices – Christina elle est sympa mais comme actrice ce n’est pas ça – ne sont pas au top on doit attendre l’action. Les jeux – poker entre les deux femmes fortes – s’étirent sans que le suspens ne grandisse. La pseudo-phase d’enquête nous fait languir et permet déjà d’apposer le sceau du psychédélique et du décor pop. Disons qu’il faudra s’en contenter à défaut d’être intrigué.

Globalement l’action est de mauvaise facture. Cela n’empêche en rien la première scène forte d’être pertinente. Ocho, nue, court dans la neige et affronte divers samouraïs venus l’assassiner. Ralentis et quelques mouvements approximatifs plus tard, les morts se sont amoncelés et on espère que son désespoir augmente pour qu’elle frappe encore plus fort.
L’érotisme n’est pas du domaine de l’exception mais il reste appliqué. Des tons particuliers, la mise en avant des tatouages et des ondulations lascives qui respectent une beauté en mouvements. Yoko Mihara qui joue une fois de plus l’expérimentée nympho, Linberg qui utilise son corps a des fins professionnelles et évidemment Ike qui l’utilisera pour se débarrasser des meurtriers – empoisonnement astucieux -. Il filme souvent avec talent depuis le plafond - la séquence quasiment dansée où le kimono est enlevé est très belle -.

De nombreuses séquences vont faire mouche. On pourrait évoquer la torture qui ressemble à s’y méprendre à un brouillon de « Le couvent de la bête sacrée » (1974) - fouet, ambiance christique et froide et éclairage de rigueur -. On notera également la projection d’illustration du conflit avec les ennemis armés durant l’attaque et les frappes du « gang » d’Ocho parfaite image du relent psychédélique inhérent au genre.
Le final est quant à lui une longue descente dans l’aboutissement des resentiments. Une scène émouvante qui est suivie par une Ocho qui attaque frontalement, se heurte a des difficultés et qui finit par ôter les tâches de sang sur son corps – et son tattoo – avant d’avancer sous une pluie de cartes – celle des indices de son père -.

Une belle fantaisie et un vrai engagement pour le genre. Suzuki peine à donner un vrai rythme à son enquête. Le réveil tardif permet d’affirmer un style, une qualité de mise en scène et quelques bonnes idées.
 Iken-eiga (2007) © tous droits réservés | ADMIN