L ANGE ROUGE   -   Akai Tenshi
 
Annee
Duree
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1966
1h35
Ayako Wakao – Shinsuke Ashida – Yusuke Kawasu – Ranko Akagi – Jotaro Senba – Daihachi Kita – Daigo Inoue – Takashi Nakamura …

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Critiqué par fear le 05/07/2009 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« L’ange rouge » est un drame terrible, magnifiquement mis en place par un Masumura farouchement engagé. L’innocence jamais pervertie de Sakura Nishi, l’arrêt de la résignation du docteur Okabe n’empêchera en rien cette valse de pulsions physiques et amoureuses de sombrer dans l’obscurité de la conclusion. La guerre change tout mais la force bienveillante incarnée de cet ange rouge ne peut guérir tous les maux …
 
Masumura, un des héros du cinéma d’après-guerre, a un don éclectique qu’il mettra au service d’histoires aux couleurs diverses. Il verse ici dans l’exploration de l’histoire de son pays – pas franchement glorieuse pour le coup – en utilisant le noir et blanc.

Grande accoutumée du cinéaste, Ayako Wakao tient encore le haut de l’affiche dans le rôle titre, celui de cette infirmière découvrant les postes avancés.
L’entame est sobre bien loin des calibres rugissant d’action si populaires dans les films traitant de la seconde guerre mondiale. Le générique est fait de plans fixes sous le bruit tonitruant des balles et des explosions. Ce sera une des rares séquences impliquant ces faits puisqu’hormis les lignes de front arrivant tardivement, on reste cantonnés dans l’arrière garde médicale des japonais.

LE DESESPOIR DE GUERRE

Masumura est tout sauf complaisant sur le conflit. Pourtant il n’attaque pas directement la politique gouvernementale, ce qui l’aurait rendu trivial, mais offre différents angles d’approche afin de bien cerner ce que cette décision a engendré pour les engagés – pas forcément de plein gré par ailleurs -.

Il fait planer une atmosphère froide et sinistre notamment dans l’hôpital. Sakura découvre les premières difficultés dans l’antenne clinique mais c’est avec le docteur Okabe qu’elle se rend compte de l’atrocité de tout cela. Avant, elle ne voyait que le résultat – les amputés – alors qu’elle participe au processus ensuite.
On ne lésine pas avec des membres qui remplissent des seaux, des plaies gigantesques, des recherches de balles avec une quantité d’antalgiques très réduite. La violence ne passe pas, comme habituellement, par les tranchées mais par l’arrière-cour des batailles rangées.

Peu de soldats semblent croire à la validité de leurs actes. Ils ont des familles et veulent surtout les retrouver. Toutefois, la honte de ne plus participer à l’effort de guerre, la honte du handicap sont autant de freins à l’épanouissement des blessés qui se renferment sur leur malheur.
Le docteur Okabe est la voie de la raison. Il place quelques réflexions qui le transforment en prisme messager du réalisateur. Il ne comprend pas l’intérêt d’attaquer un pays aussi grand que la chine, de condamner autant de personnes, de récompenser les personnes qui tuent le plus. Anti-militariste et éminemment opposé à l’effort de guerre qui va sacrifier les soldats en masse – seuls les gradés auront les soins les plus intéressants, comme les transfusions -.
Le point de vue pessimiste prédomine et Masamura stigmatise le massacre mais sans se faire discursif et en créant un héroïsme de pacotille. Ce sont des gens normaux qui ont du s’acquitter de tâches dures et ingrates – faute de mieux, Okabe doit amputer énormément de soldats -.

Dans un océan de laissez-faire, il y a l’ange rouge. Ce titre correspond tout à fait à la jeune Sakura Nishi. Par sa bienveillance et sa soif d’améliorer les choses – divergence avec la résignation d’Okabe -. Son illumination ne flanchera pas mais elle sera couverte du sang environnant. Soutien parfait, elle va payer de sa personne et ce sens du sacrifice en fait l’héroïne-martyre indirecte – et c’est cela qui fait la différence -. Elle est la faible lueur dans une obscurité grandissante qui va nimber tous les lieux traversés. Après le viol originel – son début de l’enfer -, c’est encore plus profondément qu’elle descend dans la pestilence de l’inhumain. Ce rapport forcé va mettre en avant la naïveté de Sakura mais aussi le départ de l’inversion des rapports de force, la jeune femme devenant dominante par la suite – sans perdre sa douceur -.

AMOUR ET SEXUALITE

Guerre, symptôme d’une haine généralisée, n’a pas pour réponse un amour idéalisé et facile. Les bons sentiments sont pourtant nombreux et cela ressort parfois un peu trop, Sakura se muant en figure de proue de l’absolu.
Il y a néanmoins un parallèle entre l’Histoire et le lien hommes-femmes. Dans une période de privation sexuelle énorme, les fusils des soldats sont chargés.

En aucun cas une excuse, Masumura nous prouve que la sexualité peut avoir plusieurs visages. Contrairement au viol – et la tentative ultérieure - qui dénotent la folie bestiale primitive qui anime les troupes, la BA de Sakura avec l’amputé révèle quelque chose de plus confus. Elle ne supporte pas ces affres et veut tout faire pour contrecarrer les plans de la fatalité. Ceci montre surtout que sans attache plus profonde, ce n’est qu’un remède factice dont l’effet placebo se dissipe rapidement.

La romance paraît impossible. Okabe et Sakura sont très différents mais la tendresse et surtout la hargne de la jeune infirmière vont avoir raison des réticences et des croyances du chirurgien. Malgré la noirceur qui va ternir leur relation, elle montre qu’il y avait un espoir, la réconciliation de la bienveillance, un souffle d’humanité, un peu pathétique mais réel.
Il va la faire grandir – mentor – et en retour elle va s’y attacher, prouvant que le miracle existe – en partie -.

L’addiction est aussi évoquée. Le syndrome du héros pour Sakura, la morphinomanie pour Okabe et le sexe ou encore l’espoir d’un retour chez eux pour les soldats sont autant de nécessités afin de passer au-delà de la monstruosité de ce qu’ils vivent.
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