JEUX INTERDITS DE L ADOLESCENCE   -   Maladolescenza
 
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Eva Ionesco – Lara Wendel – Martin Loeb …

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Critiqué par fear le 08/12/2008 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« Jeux interdits de l’adolescence » est un drame sulfureux à la moralité totalement nauséabonde et qui connut une controverse quasiment inégalée. La subtilité et la justesse de la conception des protagonistes se voient noyées dans le putassier voyeurisme de Murgia. La tension est bien présente dans la seconde partie où la jeune Eva Ionesco – formidable et terrifiante – crève littéralement l’écran …
 
Plongeant dans les profondeurs du Bis italiens, le Fear s’attaque à un titre sulfureux, un des plus controversés de tous les temps. A la fin des années 70, un métrage déclenche une vive polémique du fait d’un contenu pour le moins inopportun.
Je ne tiendrai pas compte de la valeur éthique de toute la représentation nauséabonde qui fut décriée alors et me concentrerai sur toute la construction qui gravite autour du sujet de discorde. En effet, le film vaut 0 si l’on commence à prendre en considération le bien-fondé des intentions du réalisateur.

SCANDALE PREVISIBLE

Auteur d’un seul film, Murgia restera longtemps présenté comme un mec sans vergogne qui n’hésita pas à aller très – et surtout bien trop – loin dans son art.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas la problématique, le métrage a été interdit dans de nombreux pays – et l’est toujours -. En Autriche il est interdit au moins de 18 ans et est présenté comme pornographique – ce qui est surprenant – alors qu’en France c’est une version édulcorée (- de16 ans) qui est disponible.

Mettons les pieds dans le plat. Le gros souci qui se révèle notamment dans la seconde partie est la sexualisation de corps enfantin. La nudité à peine pubère est concevable si elle n’a pas de connotation orientée. Ici, on nage en plein délire, et on se demande si les propensions pédophiles de Murgia n’étaient pas de la partie.
En effet, les enfants sont présentés comme des adultes et utilisent des positions univoques qui sont très osées. Le paroxysme de cet abus possède un nom, Eva Ionesco.

Cette jeune française est la fille d’une célèbre photographe, Irina Ionesco. Cette dernière, visiblement dénuée d’âme, avait fait des photographies érotiques de sa propre fille qui n’avait que 11 ans – juste avant le métrage en somme -. Plus jeune modèle de tous les temps pour playboy – toujours 11 ans !!!!!!!! – elle connut une « carrière » de nue dès sa prime enfance.
Outre ce traitement dur et direct de la sexualité, il faut préciser que le jeune camarade des deux ados a tout de même 18 ans – même s’il en fait 14 – et que donc l’intimité proposée est vraiment plus que contestable.

Vous voila prévenus, le postulat est quelque peu horrible et il faut faire preuve de recul pour ne pas tomber dans un sentiment nauséeux.

ELOGE SEXUEL

Le point d’orgue sus-cité est la répétition des ébats qui ont un aspect très voyeur. On va de gestes de candeur à des excès absolument fous. La scène où Silvia – Eva Ionesco – chevauche le jeune homme est assez effarante.
Pourtant, au-delà du voyeurisme maladif de Murgia, les relations privilégiées possèdent un rôle social et forment une posture de domination. La puissance hormonale déferle mais il y a une coexistence entre l’érotisme et l’intrigue.

Murgia considère les acteurs comme des adultes et les thématiques qu’ils relaient sont du ressort de l’expérience adulte. Contrairement à certains métrages où les enfants représentent le monde et ses travers par la dérobade de leur innocence, ici c’est le décalage qui prime.
On ne peut pas en douter puisque tout pousse à cela. On passe clairement d’une romance d’enfants à des frasques de grands, la musique – très intéressante – passe du lyrique à des chœurs d’enfants qui rappellent que l’ignominie se joue au sein du cocon de la juvénilité. On peut ainsi observer, tant sur la mise en image que sur le propos, une opposition entre ce que l’on voit et ce que l’on attend de voir. Le cinéaste transalpin joue la carte de la provocation avec une application démesurée.

Le trio amoureux à la sauce ado met en place des processus divers mais très profonds. L’impact psychologique de chaque événement est scénaristiquement utile.
Fabrizio a besoin du pouvoir pour combler un manque affectif. Constamment à la rue, voulant être maître du royaume forestier, il s’ingénue à avoir le dessus. Il trouve donc une dynamique stimulante avec la jeune Laura. Elle est vite impressionnée, naïvement amoureuse – elle laisse passer des exactions de la part de Fabrizio -, et deviendra une esclave. Le rapport de pouvoir est mis en place petit à petit et se mêle avec étrangeté à l’univers enfantin – princesse, château, ballade bucolique -. Le chien est la composante effrayante, une véritable arme dont Fabrizio abusera.
Tout va changer avec l’arrivée de Silvia. La jeune Ionesco dont on a parlé plus haut, crève l’écran. Elle éclipse les deux autres avec une prestance évidente, une perversité résolument adulte. Elle joue tellement bien que des frissons viennent à naître quand ses expressions méprisantes et parfois vulgaires sont surexposées. Elle joue de son corps et de son esprit – bien secoué comme Fabrizio – afin de semer la discorde et d’accaparer l’attention du jeune homme.

On apprendra au final, qu’il est un homme sensible derrière ce masque violent et sadique alors que Silvia est une jeune fille encore ancrée dans ses peurs. Il existe un vrai double visage que chacun des personnages va se façonner au gré des expériences. La profondeur du champ personnel frôle la quête initiatique. C’est un des points résolument forts que Murgia développe.

SUSPENS TALENTUEUX

Il n’y a que trois acteurs à l’écran, aucun adulte. Les tourments d’une situation complexe vont se révéler assez brillamment développés.
La photographie sublime nous offre une forêt, laissant place à la sauvagerie de l’isolement – pas de témoins … - tandis que le château rend compte de la donnée épique – en lien avec l’imagerie de la jeunesse -. Enfin, le sous-terrain et la présence de glace imprègne l’atmosphère d’intemporalité.

Murgia a la bonne idée de multiplier les fausses pistes. Dès l’arrivée de Silvia, tout devient possible. Le couple de tortionnaire semble avoir pris le pas sur la jeune fille et on pouvait s’attendre à un déluge de sévices, très bisseux. Il n’en est rien et c’est un vrai plaisir de se demander quelle tournure vont prendre les choses.
La fin est un brin décevante mais recèle des parcelles poétiques indéniables.

La première partie manque franchement de rythme car les protagonistes vivent des moments soit tendus soit assez doucereux – rendant compte de l’image que tout le monde a de l’amour jeune -. Ensuite, quand cela dérape et que tout se trouble, le film prend une réelle ampleur.
Si l’on excepte la douteuse exhibition corporelle, on se trouve face à un drame subtil et psychologiquement assez bien conçu.
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