LES EVADES   -   The Shawshank redemption
 
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1994
2h20
Tim Robbins – Morgan Freeman – Bob Gunton – William Sadler – Clancy Brown – James Whitmore – Mark Rolston ....

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Critiqué par fear le 06/07/2008 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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“Les évadés” est une comédie dramatique qui confine à la perfection. Plaçant l'âme et l'humanité dans un lieu qui en est dénué, le duo Robbins-Freeman atteint des sommets d'amitié, entre silences et brèves conversations. La prison est pervertie, contamine ceux qui y entrent sous couvert de morale fallacieuse. Symbolisant la vie dans sa complexe simplicité, l'espoir est le dernier rempart contre la résignation et l'oppression. Un chef d'oeuvre absolu ..
 
Voici une rencontre majeure : Le cinéaste Franck Darabont réalise ici sa première adaptation de l'écrivain en long métrage. Il s'était déjà accaparé l'univers de King dans un court, tiré de la nouvelle “The woman in the room”.
C'est la genèse d'un cinéaste ayant les bonnes grâces des producteurs, avec tout de même en 1995, une cascade de nominations aux oscars : Meilleur acteur pour Morgan Freeman, meilleure photographie, meilleur montage, meilleure musique, meilleur son et meilleur scénario.
En mettant sur pellicule la nouvelle « Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank », du recueil "différentes saisons", il livre une des œuvres les plus appréciées de tous les temps par le public – d'après L'Internet Movie DataBase -.

L'UNIVERS CARCERAL : LE MICROCOSME PERVERTI

Cela aurait pu être un banal film de prison, avec ses pensionnaires fous, dangereux ou attachants. Nous sommes bien loin de la brutalité suintante de récentes productions, comme la série Oz. Ici, les codes sont respectés – celui qui trouve tout, les violeurs de prisonniers ... -. mais c'est ailleurs que se trouve le développement

Comme le précisa Darabont, Shawshank c'est la vie. Dans le cadre d'un enfermement, les lois de l'extérieur sont transposées de manière vicieuse. Le gouvernement a la main mise sur la population, qui subit une répression dès lors qu'on ne suit pas à la lettre les injonctions des dirigeants. De fait, la pensée unique est mise en avant par la Bible qui est considérée comme une voie à suivre sans concession – hypocrisie d'une foi non respectée -. On retrouve donc bien le système pyramidal, une hiérarchie rigoriste qui est dans la galvanisation de son propre pouvoir, dans ses plus hautes sphères.

De plus, le poids de cette micro-société s'applique sur les prisonniers. Bien entendu, ceux-ci sont dans ce lieu clos car ils ont commis des actes répréhensibles, mais cette punition est énorme et contraire à sa mission première; comme ils le disent bien : “Ils nous volent notre vie”.

En effet, personne n'est aidé à progresser, à s'instruire, à se préparer à la réinsertion – Certains ne supportent alors plus la vie “normale” -. C'est seulement la volonté de fer d'Andy qui va débloquer cette situation. Toutefois, ironie de l'histoire, il devra commettre sa première réelle infraction pour pouvoir aider les condamnés.

Le système pénitencier est perverti car il offre trop de pouvoir, un gouvernement tyrannique qui se joue de son peuple pour son intérêt propre.
Le système est donc vivement critiqué. Certes, il y a une sorte de douceur qui émane du groupe de détenus. Mais loin de tout réalisme, c'est une revendication et une dénonciation posée et intelligente qui est proposée.

L'UNIVERS CARCERAL : L'EMPHASE

Un des faits marquants du passage à cet univers spécifique est l'amplification de tous les ressentis. La propension à la violence augmente que ce soit du côté des matons – chefs de file des agresseurs -, ou des pensionnaires bien évidemment. Toutefois, c'est bien plus la caste des employés de Shawshank qui est visée, montrée comme l’oppresseur qui est obnubilé par son propre confort.

Si les inimités augmentent, il en va de même de la cohésion. Des groupes se forment, s'entraident et tentent de survivre au mieux. La notion d'amitié prend donc encore plus de sens. Face aux multiples difficultés communes, la synergie est toujours plus payante.
Toujours dans la métaphore de la vie, l'amitié est placée à un degré très haut. La relation Freeman-Robbins est d'ailleurs un des plus beaux modèles de cette relation.

L'UNIVERS CARCERAL : CLAUSTROPHOBIE ET RESIGNATION LATENTE

Le métrage ne s'efforce pas de faire une réalité physique de l'enfermement. C'est une phobie – et ses conséquences : Institutionnalisation, folie ... - qui est purement mentale et qui ne peut donc être combattue par autre chose que l'esprit.

La claustrophobie est la privation de liberté. La quête d'Andy est donc de trouver des instants de vie normale – Bières sur le toit, tailler des pierres, s'occuper de développer la prison, acquérir une place plus intéressante ... -. De même, le cinéma est un échappatoire : Chaque vision de Rita Hayworth déclenche l'enthousiasme et Andy change régulièrement de poster dans sa cellule.

Andy semble être un des seuls à tenter de braver ce confinement. Les autres détenus se sont habitués au mur et se laissent flotter sur le système. Andy veut faire souffler la liberté et y parvient à de nombreuses reprises ce qui tend à rompre le schéma de résignation dans lequel se sont inscrits ses amis.
King et Darabont tentent de réhabiliter l'espoir, dans un lieu où il semble enterré depuis fort longtemps. Contrairement aux habituelles tragédies finales, les personnages sont portés par leurs qualités et pour une fois la fin n'est pas exécrable.

L'UNIVERS CARCERAL : UN BASTION DU FANTASTIQUE ET DE L'IMAGINAIRE

Bien qu'il soit ancré dans la réalité, “les évadés” possède une dimension fantastique sous-jacente. En effet, tout ce qu'entreprend Andy réussit et certaines choses sont assez irréalistes. Il est un parangon, un protagoniste-type qui tente de montrer la voie. Il n'est pas réaliste dans ses actes malgré ses traits d'esprit totalement humain.

Ce filigrane est accompagné de la puissance de l'imaginaire. On a déjà évoqué le lien avec le cinéma mais il existe aussi la machination qui se créé de manière totalement cachée. Ce lien avec les livres, le cinéma, et la créativité sont les corrélats de la volonté sans faille d'Andy.

C'est donc dans un style assez original pour King que l'on trouve sa plus belle adaptation sur grand écran. Bien interprété, malicieux, il aborde beaucoup de thèmes – liés à la prison – avec poésie et humour sans éluder des dérives dramatiques. Le coup d'éclat de Darabont.
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