UN ELEVE DOUE   -   Apt pupil
 
Annee
Duree
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1997
1h51
Ian McKellen – Brad Renfro – Bruce Davison – Elias Koteas – Joe Morton – Jan Triska – Michael Byrne – Joshua Jackson – David Schwimmer ...

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Critiqué par fear le 15/06/2008 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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“Un élève doué” est un drame âpre, clairement anti-conformiste, questionnant avec talent sur la pertinence d'un système de devoir de mémoire inadéquat. Une belle mise en image d'une nouvelle méconnue. Le duo McKellen-Renfro est excellent, le maître et l'élève se confrontant avec force et subtilité. Le mal est profondément humain et prolifère comme une gangrène. Le scénario, sans être manichéen, se révèle analytique. Probant et pourtant interdit aux moins de 16 ans. La frilosité intellectuelle semble bien d'actualité ......
 
On peut dire que, comme pour tout auteur, la version cinématographique de son oeuvre peut rapidement se montrer cauchemardesque. King ne s'y trompe pas puisqu'il laissera adapter, pour la modique somme de 1 €, sa nouvelle par Bryan Singer, rendu célèbre grâce à “The usual suspects” (1994).
Elle est tirée du recueil “Différentes saisons”, qui donnera tout de même “Les évadés” (1994) et “Stand by me” (1986).

UN REGARD SUR LE DEVOIR DE MEMOIRE

Quand il s'applique à sortir de son carcan fantastique, King n'y va pas avec le dos de la cuillère. Cette rencontre entre un adolescent feru d'histoire – sordide principalement – et d'un ancien nazi se situe clairement en contre-courant avec le consensuel postulat : Se souvenir est le meilleur moyen d'éviter à l'Histoire de se répéter.
S'attaquant au génocide contemporain le plus marquant, l'Holocauste, un nombre important d'opposants trouvèrent problématiques le discours proposé.
Le regard intrigué et curieux du jeune Brad Renfro n'est là que parce qu'on lui en a beaucoup parlé. On ne stigmatise pas le devoir de mémoire mais le fait que son abondance peut réveiller les parties les plus sombres de l'âme humaine. Les penchants terribles du jeune homme sont amplifiés par son contact avec la narration de la seconde guerre mondiale et encore plus au contact de Karl Dussander.

Autre point soulevé, l'intelligence. La polémique suscitée par le récent et excellent “La chute” (2003) est un parallèle assez amusant. On reprochait ainsi d'avoir humaniser Hitler. Dans “Un élève doué”, certains ont protesté contre cette forme d'intelligence dont font preuve les 2 protagonistes. Dans les deux cas, c'est une déformation de la réalité générée par la peur. Dans notre devoir de mémoire – qui reste légitime – on a tendance à diaboliser. Cela à un contre-effet : Au lieu d'avertir les populations, cela a une propension à nous faire oublier qu'ils étaient humains et qu'ils n'étaient pas de gros primitifs décérébrés. C'est le plus effrayant, et l'oublier c'est pousser l'Histoire à bégayer.

Hormis le goût sadique qui découle des souvenirs de l'ancien officier, une séquence ajoute à cette impression d'erreur. Quand un ancien déporté reconnaît Dussander il y a une transformation. Plutôt heureux – sorti de la guerre – il s'effondre en larmes. Le passé trop ressassé semble générateur de souffrance. Attention, ceci n'est en rien une culpabilisation de la recherche des criminels de guerre, mais un pont vers une épine sous-jacente. L'émotion prenant le pas sur l'objectivité, on cristallise une image du mal et de la haine. On en vient à oublier que le jeune est de la même veine. On omet de s'occuper des monstres d'aujourd'hui car on laisse une place trop importante à la stigmatisation perpétuelle.

Le devoir de mémoire est une chose nécessaire mais, mal maîtrisé comme il semble que ce soit le cas, les effets pervers peuvent être contre-productifs. Ici sous le racisme se cache un mal universel, la soif de pouvoir.

UN REGARD SUR LE POUVOIR

S'il traîte du nazisme, ce n'est pas l'antisémitisme qui occupe les débats. L'intérêt est de savoir quels sont les ressorts humains qui découlent sur de telles abominations.
Superbes prestations : Brad Renfro et l'inénarrable Ian McKellen jouent à la perfection.
D'un côté la fougue haineuse de la jeunesse. Il aime le contrôle, c'est pourquoi il joue avec l'ancien nazi. Il va apprendre à son contact les rouages des manipulations jusquà ce que l'on appréhende son point de vue. On le perçoit lorsqu'il s'immmisce dans le passé, bourreau ou victime. Tandis que la cruauté saute aux yeux, il opte pour la position du pouvoir, qui ne semble être que l'ossature de la haine ethnique et religieuse. Son jeu de violence est palpable, la brutalité des énergiques futurs fous.

Face à lui McKellen est d'une intensité rare. En vieux filou, il apparaît en maître malin et pourvu d'une folie latente – la scène du chat -.
La relation nouée est étrange : ils veulent se contrôler l'un l'autre – car c'est le leitmotiv hédoniste de leur vie – mais au final une amitié malsaine se mue en passage de flambeau.

La haine a bien des visages et notamment celle de l'innocence – come la fin -. Frappant fort, le petit clin d'oeil à la collaboration – le conseiller d'orientation se nomme French (français) – ajoute à la subversion pourtant loin d'être illégitime.

On ne peut qu'être admiratif du travail de King mais aussi de Singer. Casting impeccable, et réalisation inspirée. La redondance est marquante. Des plans inversés – le tunnel – et des positions semblables entre les 2 protagonistes principaux – situés devant la fenêtre avant de commettre des actes horribles -. De plus, le cinéaste instaure une atmosphère froide, comme une étude clinique du passé, sans concession.
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