MISERY   -   Misery
 
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1990
1h47
James Caan – Kathy Bates – Lauren Bacall – Frances Sternhagen – Richard Farnsworth – Graham Jarvis ....

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Critiqué par fear le 31/05/2008 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« Misery » est une des meilleures adaptations de Stephen King. Ce huis-clos à la violence de tous les instants est soutenu par l'inénarrable bourreau, Kathy Bates. Le face à face haletant met en exergue le rôle de l'écrivain et de ses oeuvres, ou quand le personnage peut se muer en abomination ...
 
Le fruit de la rencontre entre l'écrivain célèbre – Stephen King – et le créateur de « Quand Harry rencontre Sally » (1989) est portée pour une seconde fois à l'écran. Après « Stand by me » (1986) dont King avait adoré l'adaptation, c'est une oeuvre plus sombre et violente qui est proposée par Reiner.

On retrouve la peur de l'écrivain. Il y a ainsi une naissance - illusoire – d'un des personnages qu'il invente. Cette puissance donnée à son art fait transparaître une dimension quasi-fantastique, où l'imaginaire est propulsée dans la réalité. Bien entendu, le personnage d'Annie Wilkes est inspiré de plusieurs tueuses en série et l'implication d'un trio virtuel n'est qu'une vue de l'esprit.
Cette patine étrange – fictive – ne fait pas oublier le duel psychologique qui s'annonce.

C'est une face à face, ou plutôt un FACE à face, dans lequel James Caan se trouve face à une des plus belles prestations de folie, en la personne de Kathy Bates – Oscar et Golden Globe de la meilleure actrice en 1991 – qui connaît ici son plus grand rôle.

D'un côté on a Paul Sheldon. La majeure partie du métrage il sera invalide, forçant Caan a un rôle immobile. Cela donne pourtant plus de matière à son personnage. C'est un urbain qui a des ambitions artistiques. Il ne veut pas se cantonner à cette série d'ouvrages qui l'enferme professionnellement. Cela pose d'ailleurs une question fondamentale : Dans l'industrie cinématographique ou littéraire, à l'heure du formatage, doit-on jouer sur la sécurité de filons déjà bien exploités ou tenter de se renouveller au risque de tomber dans une phase plus creuse?
Paul Sheldon est fier de lui, à tendance narcissique – malgré son enfermement, il aime les compliments d'Annie – tout en étant assez simple et poli.

Sa rencontre avec Annie Wilkes est contrastée. Elle est recluse dans la montagne, possède une morale rigoriste et sous sa gentillesse exarcerbée, se cache une personnalité bien trouble. Elle est aux petits soins avec Sheldon, son écrivain préféré. Elle entretient une relation particulière avec lui. Elle l'idéalise complètement,connaissant tous se livres et interviews par coeur. En outre, elle vit avec Misery – celle qui l'a soutenue dans les moments difficiles -. Elle est un refuge compensatoire qui va conditionner la relation avec Sheldon. Son passé est par ailleurs caché. Fervente catholique, elle est engluée dans ses principes qu'elle transposent à son amie éthérée, Misery. Elle serine l'auteur de ne pas employer de gros mots, de ne pas faire mourir son personage – ce qui revient à tuer son soutien, à tuer sa personnalité superficielle -.

Si la position de Sheldon est celle de la victime, l'instrumentalisation progressive de Misery va lui permettre de tenter une manoeuvre. Extrêmement réaliste, les tentatives d'évasion et les manipulations sont logiques ainsi que la réaction de l'hôte.
Reiner joue astucieusement sur la tension. Le montage est lent pour absorber les sentiments de chacun puis devient très nerveux, alternant les plans sur Sheldon et Wilkes.
La séquence qui fut retenue par les spectateurs fut celle du marteau et bien qu'elle soit efficace, c'est bien la pression palpable, allant crescendo, qui donne toute sa valeur à ce rapport de force dur.

La relation qui se noue entre les 2 protagonistes principaux – et Misery donc – n'occulte pas la partie plus légère. Le shérif et sa femme, assez sarcastiques, réalisent des interruptions dans la routine du huis-clos violent.
Dans son approche psychologique, facilitée par l'absence de mouvements majeurs des protagonistes, Misery marque au fer rouge le genre du huis-clos, notamment de par sa qualité d'interprétation.

A défaut d'une fin sombre comme on en a l'habitude chez King, c'est le cynisme qui est à l'oeuvre. Le travail de l'écrivain sous la contrainte de son public, dans un état de confinement spirituel, peut être meilleur. En effet, si l'on considère son personnage comme un être humain, la perception de son travail est boulversée.
Enfin la hantise traumatique ressort comme un post-it mnésique, où le fanatisme est cristallisé dans l'oeil ébahi de l'auteur.
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