SAMOURAI   -   Samurai
 
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1965
1h56
Toshiro Mifune – Keiju Kobayashi – Michiyo Aratama – Yunosuke Ito – Eijiro Tono – Tatsuyoshi Ehara ...

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Critiqué par Fear le 02/05/2008 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par Fear
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“Samourai” est un instantané historique propice au déni des valeurs supericielles d'un système obsolète. La fin d'un règne, abattu par ceux qui en étaient la clé. Une vision cynique et désabusée d'une spirale sombre finissant dans la blancheur hivernale. Superbe ...
 
Okamoto, célèbre pourfendeur de la société féodale nipponne et de ses codifications, avait choisi Toshiro Mifune – exceptionnel mais c'est un pléonasme – pour attirer l'attention sur un pont historique : La chute du statut de samouraï. En effet, nous sommes en 1860, 8 ans avant la mort du shogunat des Tokugawa.

Plus proche d'un Kurosawa que de la saga Baby Cart, les talents de dramaturge du cinéaste sont indéniables à la vision de cette histoire désenchantée sur cette caste si particulière.

Les autorités et les dirigeants de toutes les accointances sont violemment pris à parti. Le shogunat est critiqué pour ses violences répressives tandis que les clans le sont pour leur avidité du pouvoir, celui qui se cache derrière des idéaux bien loin de toute réalité. Le ministre, trop ancré dans son poste, ne peut reconnaître son enfant et est à l'origine de mesures virulentes. Les chefs des rebelles sont manipulateurs et vont jusqu'à mettre à mort leurs sous-fifres sur de vagues suspicions – et de stupides histoires de liens de sang -.
L'anti-politicien Okamoto révèle des vies bradées à la foire de l'ambition. Rien de nouveau jusque là puisque tout un pan cinématographique du chambara s'évertua à mettre en cause la laideur de ces personnages envieux et calculateurs.

La noirceur, comme marque de fabrique, est ici modifiée. Habituellement, ses personnages sont desespérées ou irrécupérables. On ne voit ici aucune misanthropie mais la condamnation d'un système corrupteur de conscience. Les protagonistes agissent parfois bêtement mais cela semble toujours dicté par un code ou par la stratification sociale. Témoins de la mort de leur engeance, les samourais s'auto-condamnent, inconscients des enjeux mais aussi de l'humanité dont est privée leur société.

On retrouve des personnages lumineux, compatissants. Sans être obligatoirement passifs, ils ne peuvent rien contre cette déferlante. La misanthropie s'est muée en fatalisme, une destinée inextinguible n'amenant qu'à la destructuration.

Les affaires d'Etat ne peuvent qu'attirer des problèmes. Ici deux cas précis sont étudiés. Un homme réfléchi, se plongeant dans l'étude des idéologies venant d'autres pays.
Kurihara est cultivé et sait que le pays va connaître un tournant. Néanmoins sa volonté passe par de mauvais choix et de mauvaises rencontres. Il symbolise le gâchis : Lui, à la vie tranquille – Argent, famille, maison, instruction ... - va tout de même se fourvoyer.

Au contraire, Niiro est un homme perdu, sans famille. C'est un leitmotiv parfaitement retranscrit. Son rêve fou, l'amenant à être manipulé par sa “famille”, celle de son travail de mercenaire, est d'être enfin reconnu. Cela renvoie à sa réelle famille, bien absente celle-ci. Les mensonges, les abandons et les aléas de la vie ont érodé cet homme jusqu'à le mettre à vif.
Son seul répit consiste en ses quelques fugaces moments de félicité avec son ami Kurihara, accompagné de son épouse et de son enfant. L'abandon est au coeur de ses problèmes – même en amour – . Campé par un Mifune grandiose, ce personnage profond est parfois drôle - loin de la grandiloquence de “Red lion” (1969) tout de même - .

Assez denses, le développement plutôt traditionnel et la narration en voix-off – de manière alternative – sont probants. Hormis une dramatugie précise, la classe de la mise en scène est encore bien présente. Les combats sont concis et franchement prenants. L'anthologie de la séquence finale est évidente. Dans une tempête de neige, un très long combat, sanglant et très bien filmé – eu égard à la composante climatique -, va clore avec brio l'intrigue. Les rebondissements sont prévisibles mais accroîssent le fatalisme.

Encore un chef d'oeuvre pour sieur Okamoto, preuve magistrale que son statut de grand réalisateur de la Toho n'était pas usurpé. Mifune pertinent dans un rôle complexe, sert à merveille ce condensé anti-samourai. Un titre moqueur pour une oeuvre majeure.
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