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1997
1h48
Susanne Lothar - Ulrich Mühe - Arno Frisch - Frank Giering - Stefan Clapczynski

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Critiqué par Camif le 16/11/2007 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par Camif
195 critique(s)
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Bienvenue en enfer.
Un enfer familier, dans un lieu douillet et habituel où les diables n’ont pas les pieds fourchus. Cela pourrait se passer près de chez vous.
 
Dès les premières images on sent que l’on est devant un film à part, dans un décor idyllique filmé en contre-plongée, une famille bien propre sur elle s’en va quérir des vacances bien méritées tout en écoutant des airs de musiques classiques à paralyser un hémiplégique.
Arrive alors de manière brutale le titre sur fond de musique Hard Rock donnant bien le ton de ce film, qui sera une succession de coups de poings allant du crochet jusqu’à l'uppercut final.

Puis notre famille composée du père que l’on imagine bien en directeur de banque ou en ingénieur des ponts et chaussées, un métier respectable qui lui permet de pouvoir jouir d’un lieu de villégiature cossu et douillet accompagné de son épouse, parfaite petite femme d’intérieur et de leur fils engoncé dans sa semi laideur pré adolescente. Bref la caricature de la famille bourgeoise antipathique au possible.

Toute notre joyeuse petite famille s’apprête à passer ses vacances à jouer au golf, faire du bateau ou toutes autres activités destinées à masquer la vacuité de leur existence et la pauvreté de leurs esprits derrière une richesse et un bien être matériel de façade.

Mais voilà, la monotonie de leur vie et leur insignifiance fondamentale les désignent comme des victimes expiatoires de la part de deux jeunes gens bien propres sur eux aussi, polis, façonnés par le type de société que représente cette famille et dont la seule liberté est de marcher dans les mêmes traces sans faire de vagues et de s’intégrer à cette société molle, désincarnée et putassiére.

Mais voilà ! nos deux personnages décident de s’en affranchir par le seul biais qu’il leur reste : la violence.

Une violence autant morale que physique sans aucune compassion, ni remord, une violence froide qui ressemble à leur monde
(donc au notre bien sûr ).

Pourquoi sont-ils capables de faire cela ? ? ? Ce n’est ni du à une enfance difficile, ni à la drogue, ni même à la folie mais seulement à l’ennui, un ennui incommensurable, un ennui qui occulte tout le reste, témoin cette scène où un des deux bourreaux regarde la télé en zappant de chaîne en chaîne et voit défiler les mêmes images encore et encore répétées jusqu’à la nausée.

Alors toutes les règles sont obsolètes et ils s’en dédouanent avec virulence, mais sans réelle passion. Nous n'avons même pas l’impression qu’ils prennent un quelconque plaisir à leurs jeux morbides, ils font cela comme ils feraient autre chose simplement pour passer le temps.

Et c’est là précisément ce qui rend ce film absolument dérangeant et qu’il nous fait passer un long frisson le long de notre épiderme. Le fait que cette violence n’ait aucun but, aucune ambition, aucun motif même.

Et Haneke étant un grand cinéaste il a compris que la tension et l’indicible se nourrissent de l’ellipse et non point du gros plan, les scènes de violences physiques et de meurtres ne sont jamais montrées, mais on entend les cris et la souffrance, comme lors de cette scène hallucinante où l’un des deux jeunes se prépare une tartine alors que le fils de la famille est froidement abattu par l’autre.

Il a également compris que la tension est à son comble lorsque le rythme est lent, que l’attente est insupportable et il utilise la fixité de la caméra lors de longs, très longs plans uniquement destinés à faire augmenter la pression ; la scène après la « fuite « des deux bourreaux où la pièce est filmée de manière a englober le fils mort dans un coin, le mari martyrisé dans l’autre et la femme ligotée au milieu semble durer une éternité et nous plonge dans la consternation, la souffrance et crée une véritable empathie malsaine envers ces pauvres gens.

Enfin la fameuse scène de la télécommande est tout simplement géniale, destinée à tourner le couteau dans la plaie déjà bien ouverte et qui confirme qu’aucune rédemption dans le film et au-delà dans nos sociétés stéréotypées n’est possible, seules l’horreur et l’injustice gagnent.

Un film diablement écrit, ô combien éprouvant, malsain et repoussant à première vue, mais qui finalement représente une des plus intense critique de notre société occidentale, qui engendre une nécessaire prise de conscience de notre triste réalité.


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