LE PONT   -   Die Brucke
 
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1959
1h38
Folker Bonhet – Fritz Wepper – Michael Hinz – Franz Glaubrecht – Karl Michael Balzer – Gunter Hoffmann – Wolfgang Stumpf – Volker Lechtenbrink ...

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Critiqué par fear le 17/01/2014 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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"Le pont" est un film efficace, à la mise en scène carrée et suffisamment poignant pour allier réflexion sur l'Allemagne de la propagande de fin de guerre, le modèle éducatif de l'époque et la place de la jeunesse sur cet échéquier socio-politico-guerrier de 1945. Toutefois, c'est une voie glacée qu'emprunte Wicki, assez sage ,en déroulant un tracé parfois millimétrique, laissant apparaître l'esquisse sous-jacente.
Les protagonistes se noient alors un peu dans le message, deviennent un peu des alibis de pensée, justifiant la réhabilitation d'une frange de la population germanique de cette époque ...
 
A la base de toute cette étrange histoire de guerre, il y a un drame simple. Manfred Gregor, survivant, narra ce qui arriva sur ce pont, le Florian Geyer. En réalité, il n'y avait que 3 jeunes garçons qui furent moblilisés en avril 45. Gregor, incrédule face à l'utilité de la mission déserte, trouvera le lendemain matin ses camarades morts, à trois jours du cessez-le feu.

De cette belle anecdote, Wicki va garder la trame de fond en remodelant tous les personnages (en ajoutant 4 enfants) et va complexifier l'écrit afin de produire un scénario plus riche. Le cinéaste allemand est surtout connu pour sa carrière d'acteur – "La nuit" (1961) d'Antonioni -. Il n'en est ici qu'à son second long-métrage fut nommé pour l'Oscar du meilleur film étranger en 1960 et poursuivra sa carrière avec une appétence pour les films de guerre.

Le "problème" est que les conflits armés ont donné de nombreux métrages de grande qualité et ceux avec les enfants ont engendré, en particulier, de belles réussites comme "L'enfance d'Ivan" (1962) ou encore "Requiem pour un massacre" (1984).

UNE TRIPLE EDUCATION

Avant de rentrer dans l'absurdité du sacrifice, Wicki prend le temps de transmettre les tenants et les aboutissants de la façon dont étaient élevés ces jeunes adolescents. Ils sont confrontés à divers interlocuteurs dont la crédibilité ou encore l'impact idéologique sont assez inégaux.

En haut de cette pyramide se trouve la Patrie et le Fuhrer. La propagande de masse a créé de beaux moutons de Panurge qui bêlent leur récital tout en ayant peur du Parti tentaculaire qui surveille le moindre signe de dissidence. Les jeunes hommes sont au fait de la situation de guerre, du désir belliqueux et désespéré de l'Allemagne en perdition. Cette emprise sur leur esprit est d'autant plus forte dans la famille de ceux qui ont une ascendance de soldats mais il semblerait que les valeurs de courage, d'abnégation pour défendre son pays coûte que coûte, de fierté d'"homme" soient solidement ancrées dans la tête de la petite classe.
S'il est clair que Wicki insiste sur ce point, il ne joue pas dans la surenchère des discours ou des documents. L'important n'est pas de démonter tous les rouages du prosélytisme nationaliste mais tout simplement de montrer que c'est une force herculéenne qui a dévoré l'esprit critique des plus jeunes lors de cette période. Wicki apporte donc une forme de rédemption à ces jeunes engagés.

Ensuite vient l'instituteur, celui qui devrait apporter cette capacité d'analyse. Prisonnier lui aussi du mono-système, il est plutôt impuissant dans sa communication bien que sa position soit évidente – voir sa réaction à l'annonce des convocations -. Il tentera de faire bouger les lignes mais sa quête ne se révélera que peu effective.

Enfin, il y a le cercle familial. Ici, le point de vue est assez cloisonné. Hormis la famille d'officiers, on retrouve une rupture entre les générations. La communication est donc bloquée et si on montre des mères plutôt compatissantes et attristées, les pères sont des fieffés égoïstes. Ils démontent le modèle familial par une imposition patriarcale outrancière – adultère, tricheries ... - et on en viendra généralement au clash. Ce point de vue dichotomique est un peu simpliste mais remet surtout en cause l'intégrité de ceux qui ont le pouvoir, ces pères qui ont abandonné leur rôle premier.

SEPT ENFANTS OU SEPT MERCENAIRES

A cheval ente deux âges, les sept héros oscillent entre l'enfance et la vie adulte.

Les jeux dans la cour, les farces et surtout les émois sentimentaux sont leur préoccupations quotidiennes. Ce ressort dramatique basé sur des romances plus ou moins fantasmées – phase de changement – est parfois un peu redondant mais permet de ne pas faire un film trop politique ou trop impliqué dans la description sociale. Wiwki dépeind des jeunes commes les autres qui ont été embarqués dans un tourbillon destructeur.
Autour d'eux, la vie est là pour leur rappeler la dureté et le sérieux de ce qui les attend. Ils essaient donc d'appréhender le rationnement, les rapports avec leurs parents et bien évidemment la guerre, lointaine contrée héroïque où ils seront des Hommes au service d'une noble cause.

La description de cette vie avant l'engagement militaire ne permet pas de bien cerner les protagonistes. Ils sont sept et vont expliquer des chaos familiaux ou des choix futurs lors du combat mais ils ont parfois un peu de peine à exister en tant qu'individu. Il y a cette impression de groupe prédominant – reprenant le thème de la prééminence du groupe évoqué par Hitler – qui est parfois un peu gênante puisqu'il n'y a pas de dynamique sociale bien amenée.
Un petit bémol donc mais qui s'efface lorsque l'on rentre dans le corps de l'armée.
Dans ce second temps, on voit des minots tenter de devenirs des tueurs entraînés. Ils n'ont pas de crédibilité, sont naïfs et un cynisme opère dans l'équipe de gradés. Toutefois, ils vont jusqu'au bout et par le truchement d'une réaffectation vont se trouver dans une sale situation. Cette coda est particulièrement intéressante car elle amène à faire ressortir les souffrances – évidemment ce n'est pas une comédie – mais également les tréfonds de leurs âmes à nu, après la déferlante à laquelle ils n’étaient pas préparés.

Wicki signe donc un film assez courageux – un des premiers de la Nouvelle Allemagne – qui exploite bien l'absurdité du fanatisme et de l'utilisation abusive des idéologies en tant de guerre. En outre, il rend très dynamique les relations au sein de l'Armée, depuis l'arrivée des jeunes pousses jusqu'au début de la mission et l'entrée sur le pont brumeux qui scellera leurs destins.
Nonobstant, on a parfois du mal à dépasser le stade du métrage bien pensé. En effet, la mise en scène est propre dans son noir et blanc de circonstance mais assez impersonnelle. Les personnages sont des clés pour montrer l'Allemagne de l'époque mais ils ne sont pas assez profonds.
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