COGAN KILLING THEM SOFTLY   -   Killing them softly
 
Annee
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2012
1h37
Brad Pitt – Scoot McNairy – Ben Mendelsohn – James Gandolfini – Ray Liotta – Vincent Curatola – Max Casella – Sam Shepard – Slaine – Trevor Long – Richard Jenkins …

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Critiqué par fear le 04/10/2013 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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Avec « Killing them softly », Andrew Dominik déçoit pour la première fois. Discoureur jusqu'à l'épuisement, il va sur les terres de Tarantino dans une forme de cynisme raté, où l'humour n'a pas sa place. Au-delà d'un thriller parfois clinquant mais ennuyeux, il voulait dresser en creux un portrait désabusé d'une Amérique Post-Bush ravagée, confrontée au fléau d'une cupidité généralisée, où les instances mafieuses et publiques sont confrontées au désœuvrement, aux économies de bouts de chandelles et à la Crise en général. Le métrage théorise et expose tout sans jamais nous faire visiter les lieux. On se sent alors trop spectateur pour vraiment adhérer aux ambitions dénonciatrices sous-jacentes …
 
Andrew Dominik est un de ces cinéastes cycliques qui reviennent pour un nouveau projet après plusieurs années de silence. Révélé par son « Chopper » (2000) où Eric Bana campait un psychopathe, il avait mis tout le monde d'accord avec son magnifique « L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford » (2007), western cinq étoiles qui dépoussiérait un mythe américain en mettant en lumière le talent du cinéaste.

Il revient sur le chemin du crime avec cette adaptation de « L'art et la manière » de George V. Higgins, paru en 1974. Brad Pitt et Sam Shepard répondent à nouveau présents à l'appel du néo-zélandais tandis que 3 ex-Soprano – Gandolfini, Curatola, Casella – et Scoot McNairy - « Monsters » (2010) – sont aussi de la partie. Rien à redire de ce côté-là, Dominik a prouvé qu'il pouvait mutualiser les talents.
Le script minimaliste est lui, a priori, plus inquiétant car cela sonne comme un énième polar noir nouvelle génération. En effet, cela nécessite pas mal de savoir-faire mais aussi d'audace pour ne pas tomber dans le syndrome du déjà-vu.

C'EST LA CRISE MON BON MONSIEUR

Avant de gloser l'aspect polar de l'entreprise, tâchons de ratiociner à propos du fond du métrage, la toile cousue à la main par Dominik. Il s'agit d'une analogie – voire d'une généralisation – consistant à faire pleuvoir la finance et le dollar sur tous les américains, comme si le monde et les relations humaines ne consistaient qu'à obtenir le plus de billets verts possible dans une période de vaches maigres.

La pègre et les institutions d'Etat sont bâties sur des préposés similaires. En tête d'affiche, on connaît un leadership qui semble compatissant, civilisé et qui n'intervient que de loin. Les chefs de la mafia locale envoient un tiers propre sur lui tandis que la politique – Obama, le successeur – joue avec les médias et l'opinion publique – discours télé vs acharnement sur les coupable supposés -. En descendant d'un échelon on retrouve donc les messagers et les exécutants qui font tout pour amasser de l'argent – la bulle financière vs les malfrats – tandis que ceux qui trinquent, par effet de ruissellement, sont ceux qui sont le plus dans le besoin et qui sont tentés par des actes assez désespérés.
Si ce petit comparatif est plutôt bien mis en évidence, le message social ou politique passe difficilement de par la mise en place lourde de ces éléments. S'il filme bien des quartiers désœuvrés, Dominik se contente de faire passer à la radio le contexte – tout le fond politique – sans jamais nous inclure dans le paysage vital des protagonistes – effet galerie photo -.

Dès lors, la Crise, l'envie de se faire du fric coûte que coûte tourne au prétexte pour se moquer des bras cassés tentant de toucher leur part du butin. Sans empathie ni volonté de dénonciation, la cupidité n'est en fait que le reflet de l'époque et le seul motif explicatif, un peu faiblard surtout quand on voit le nombre de dialogues débités durant le métrage.
On appréciera seulement le monologue final de Brad Pitt qui en dit plus que la plupart du film sur la vacuité réelle de cette quête dorée – et pour quelques dollars de plus -.

On concède aisément qu'il ne s'agit pas d'un film à thématique forte mais simplement d'un contexte laissé pour mort.

DES COEN A TARANTINO

Niveau polar, on ressent une forte influence de ces cinéastes avec malheureusement un rendement bien insuffisant pour prétendre se hisser à leur niveau de forme.
Pas assez décalé pour toucher grâce à ses héros, pas assez taiseux pour y nicher de l'émotion, le thriller tourne rapidement à vide.

Les dialogues ne sont guère bien écrits avec une propension fatigante à la digression et à la redite. Tout cela n'est malheureusement pas sauvé par le jeu d'acteur englué dans ses stéréotypes. On a le droit à deux pouilleux un peu paumés qui ne savent pas dans quoi ils ont mis les pieds, le tueur cynique qui voit le monde comme un vaste business désabusé, l’administratif qui rationalise les crimes et les choix de vie ou de mort, le tueur en perte de vitesse, …
Sans être honteuses, ces caractérisations ne tirent clairement pas les protagonistes vers le haut.

Dans cette valse des pantins, Dominik profite de la noirceur du sujet pour soigner sa mise en scène – un joli accident, avec un ralenti à la « Boulevard de la mort » (2007) – mais l'atmosphère est parasitée par le manque de silence, de captation de l'environnement réel et non théorique ou rhétorique pour lequel le cinéaste semble avoir opté. En effet, il ne suffit pas de filmer une salle de jeu miteuse ou des négociations sous un pont pour montrer ces Etats-Unis dévastés via un microcosme par essence gangrené.

Au final, le résultat est plutôt médiocre car les idées sont mal assemblées. Un faux pas qui n'enlève rien aux volontés premières du script.
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