MADELINE STUDY OF A NIGHTMARE   -   Madeleine … Anatomia di un incubo
 
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1974
1h40
Camille Keaton - Riccardo Salvino - Paola Senatore - Silvano Tranquilli - Pier Maria Rossi - Gualtiero Rispoli - Maria Teresa Piaggio - Mario Donatone ...

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Critiqué par fear le 04/10/2013 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« Madeleine story of a nightmare » possédait un script assez ingénieux et un retournement de situation final réussi. Toutefois, il lui faudra une heure pour aller au-delà de sa vitesse de croisière, temps nécessaire à Mauri pour narrer l'Italie de son temps et l'engouement pour la psychologie comme s'il bavassait avec des amis en sirotant un cocktail. Sorti de sa torpeur saupoudrée d'érotisme tendre, il continue d'envoyer ad nauseam des pistes et contre-pistes. Le spectateur décontenancé se prend à moitié au jeu, à moitié les pieds dans le tapis scénaristique, jusqu'à cette déclinaison finale, intéressante mais insuffisante pour rendre pertinente les premiers essais à tâtons de Madeleine …
 
Issu du western national, comme « Shotgun » (1968) « Sartana dans la vallée des vautours » (1970),
Roberto Mauri ne s'est guère intéressé au thriller ni au fantastique pur jus et vient pourtant convier ses éléments dans un des derniers films de sa carrière, quelques années avant son polar coquin « Le Porno Killers » (1980).

Complètement ancré dans son temps, il va s'inspirer des grands mouvements ambiants pour construire son intrigue. On retrouve pour héroïne Camille Keaton, celle qui restera probablement à jamais Jennifer Hills, la victime de « Day of the woman » a.k.a « I spit on your grave » (1978). A ses côtés, Franz est joué par Silviano Tranquilli vu dans quelques gialli comme « La tarentule au ventre noir » (1971), aidé de Riccardo Salvino - « Section de choc » (1976) – et la pauvre Paola Senatore – au destin tragique – coutumière du cinéma Bis et souvent peu vêtue.

PSYCHE DANS UN BAIN D'ACIDE HIPPIE

De manière inhabituelle, je vais démarrer par la fin du métrage. Au bout d'1h40, la terminaison fixera globalement la situation mais laissera un nombre incalculable de points en suspens. On a donc l'impression que le cinéaste transalpin a parfois voulu complexifier, a voulu donner de la substance sans vraiment prêter attention au contenu. La séquence de la fête tout autant que des données supplémentaires sur Franz et ses expérimentations un peu étranges font cruellement défaut et, par voie de conséquence, font quelque peu désordre.

Toutes les grandes lignes avaient pourtant été exposées dans une introduction qui préfigure la tonalité extrêmement seventies de l'ensemble.
La jeune femme enceinte est poursuivie dans les roseaux puis les bois par des sortes de sorcières qui veulent lui voler son bonheur et son espoir en pointant du doigt un cercueil de bébé et un accident de moto. C'est très onirique – avec sa brume et ses expérimentations amusantes -, c'est très kitsch – les perruques multicolores … C'est bien pour les concerts sous influence – et cela montre déjà un petit bémol à venir, la faiblesse de la lecture psychologique. Les symboles sont généralement grossiers et l'alibi du mari parapsychologue qui lit des livres sur le sujet n'y change pas grand-chose. Comme souvent dans les 70's, il y a une passion grandissante pour cette nouvelle approche scientifique mais tout en gardant une ouverture d'esprit – obscurantisme, ici via Franz l'hypnotique -. S'il s'agit vraiment d'une analyse centralisée, elle se montre assez faible mais parfois étonnante – les grands yeux de Franz, véritable moteur narratif -.
De même, Mauri se montre très fidèle aux idéaux d'époque. On a donc le droit à un conservatisme bourgeois qui reste dans l'attentisme et la protection douce de l'individu par l'argent. A côté de cette caste privilégiée, la jeunesse – Thomas, l'étudiant philosophe notamment – est branchée sur le courant hippie avec conscience générale, partage communautaire et envie de découverte de soi-même – et des joies de la vie -.

Pour les habitués de ce type de métrages, pas de grandes surprises surtout que cela passe avant tout par les dialogues, sans aller plus loin. Pas d'impondérable non plus du point de vue de l'érotisme puisqu'il sera gentiment libéré à intervalles réguliers. Cela demeure sage et parfois agaçant dans la mièvrerie de la mise en scène mais cela procure des séquences plus timbrées – voir la strip de Paola Senatore, droguée et un peu possédée avouons-le -.

Ce film compose donc avec divers genres et pioche dans l'essence même du cinéma 70's italien tant par les obligations libidineuses que par les idéaux progressistes – On la voit bien la libération féminine ! -. Pourtant, on est éloignés du film de genre et la trame dramatique est le véritable enjeu.

TRAUMA ET MANIPULATION

Où se trouve l'illusion ? Où se trouve la vérité ? Où est Charlie ? Tant de questions auxquelles vous aurez votre réponse – ou pas -, en suivant le parcours de Madeleine. Celui-ci est chaotique surtout que Mauri n'y met pas du sien pour nous faciliter la tâche. Or, comme dit plus haut, ce voyage est partiellement vain. La situation ne bouge quasiment pas et il faudra donc des chamboulements énigmatiques – dans la fameuse soirée où tout n'est que complot en sous-main – pour accéder au dénouement. Avant cela, elle but dans une quête digne de Sisyphe à la montagne.

Si on peut comprendre la démarche, il n'en reste pas moins que le film devient longuet. Tout prend un ton « psychologique » et on explique gentiment que notre petite Madeleine souffre, est en conflit et qu'elle doit explorer son psyché, ses désirs … Dit comme cela, on dirait une invitation à du softporn mais Mauri met le frein à main pour ne pas sombrer dans de l'exploitation pure. Pourtant, cette qualité n'est pas complémentaire du rythme pantouflard de la découpe choisie. Malgré une photographie du littoral plutôt jolie, le film s'enfonce souvent dans des ralentis inutiles, des discussions trop allongées surtout dans la première heure qui donne un effet diesel à l'ensemble.

Le jeu d'acteur n'a rien de sensationnel non plus– c'est raté pour l'empathie – et la musique sent la copie de modeste qualité.
Mauri se plombe assurément en partant dans tous les sens, sans pour autant avancer. On ne peut que reconnaître l'intelligence du scénario et quelques idées éparses - onirisme des premières minutes, mystère global - mais on ne peut pas se passionner pour cette histoire bien que le final soit vraiment bien fichu – et fait sens par rapport à pas mal de choses -.
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