ONLY GOD FORGIVES   -   Only god forgives
 
Annee
Duree
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2013
1h30
Ryan Gosling – Kristin Scott Thomas – Vithaya Pansringarm – Gordon Brown – Yayaying Rhatha Phongam – Tom Burke – Sahajak Boonthanakit …

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Critiqué par fear le 25/08/2013 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« Only god forgives » est le cheminement tragique de Julian, un homme étouffé dont la violence intérieure sourde le pousse à la spiritualité et au pardon. Il est alors ballotté entre un orient et un occident caricaturaux, entre colonialisme, complexe de supériorité, épuration maximale et violence cachée. Sur un rythme lent et une lecture elliptique, Refn choie sa mise en scène à l'extrême en tombant parfois dans des excès narcissiques. On gardera tout de même un esthétisme remarquable, des influences bien gérées et une histoire trop simple mais pas aussi dépouillée qu'elle n'y paraît …
 
Devenu un cinéaste attendu au tournant – notamment en festival, Cannes en 2013 -, Refn n'avait pas suscité un engouement gigantesque lors de ses premières présentations. Pourtant, le cinéaste danois avait repris la main, en s'occupant du scénario après avoir délégué sur « Drive » (2011).

Du fait de sa notoriété, il a pu s'entourer d'une équipe de choix tant devant que derrière la caméra. Larry Smith à la photographie avait débuté pour Kubrick sur « Eyes Wide Shut » (1999) et avait déjà tourné avec Refn - « Inside Job » (2003), « Bronson » (2008) -. Cliff Martinez, qui a travaillé sur beaucoup des derniers Sorderbergh, et qui avait cartonné avec la BO de « Drive » (2011) est aussi de la partie. Pour ce qui est des acteurs, Gosling est de retour mais uniquement pour remplacer le premier choix qui se trouvait être le britannique Luke Evans – parti sur « The hobbit » (2012) -. On retrouve également Kristin Scott Thomas blondie et Gordon Brown qui rempile après « Bronson » (2008) et « Valhalla Rising » (2009).

STYLISATION, TENSION MUSICALE ET INSPIRATIONS MULTIPLES

Une fois n'est pas coutume, Refn sort l'armada esthétique et vient calibrer chaque plan, chaque mouvement de caméra au gré de son envie de vétusté. De prime abord, les choix visuels sont tellement affirmés qu'on pourrait songer à un exercice de style pure et simple. Pourtant, une nouvelle fois, il déjoue la caractérisation hâtive et s'appuie avant tout sur ses partis pris pour justifier l'immersion, le viscéral, un élément qu'il avait clairement minoré lors de son dernier long métrage.
On a parfois la sensation que Refn se regarde filmer. Si la lenteur est un grand point fort dans les passages les plus introspectifs – en général avec Gosling -, cela finit par devenir un gimmick un peu encombrant quand cela ne sert pas le propos.

Toutefois, on peut le dire tout de go, c'est un ravissement pour les yeux. A grand renfort de plans fixes, il juxtapose les lumières pour asseoir une atmosphère qui appelle inexorablement à notre esprit cinéphile. La mise en place asiatique évoque Wong Kar-Wai et son apport de couleur systématique – ici plus tranchant - mais c'est loin d'être le seul point d'ancrage. Les errances de Julian se font dans des couloirs lynchiens.
De même, il y a dans la fascination de cette violence appliquée des appels au visionnage de pellicules asiatiques. Le katana, dans sa gestuelle, font penser aux chambaras tandis que la prédisposition pour l'hémoglobine pure et la torture sont à mi-chemin entre les Jidai-Geki – films d'époque japonais - et les épreuves de force d'un Miike. On aura aussi une séquence de gunfight plus proche des polars Hong-kongais des années 90 que des films d'actions post-Matrix.

Contrairement à beaucoup de ses collègues à la double casquette cinéphile-cinéaste et contrairement au piège dans lequel il était tombé pour « Drive » (2011), il digère parfaitement ses influences sans être dans la copie mais en mettant ses tripes sur la table en se rapprochant des thématiques et des dynamiques qu'il affectionne.

Il est d'ailleurs bien secondé par Cliff Martinez qui sort une BO encore une fois très propre, assez contrastée, tandis que les acteurs réalisent une très belle performance collégiale, bien que pour Gosling cela sente un peu le déjà-vu.

« BLEEDER » DANS L'ETAU DE L'OPPOSITION EST-OUEST

Refn revient à ses ébauches radicales, à son cinéma sans concession et qui risque de décontenancer les plus frileux des spectateurs. De plus, la barrière du symbolisme parfois abstrus du cinéaste vont aussi lui coûter une partie de son public.

Plus délicat à appréhender que ses œuvres les plus connues, ce « Only God Forgives » nous renvoie à « Bleeder » (1999) à travers le personnage de Ryan Gosling, double de Kim Bodnia dans le second métrage du danois.
Il existe bien entendu des divergences entre eux. En effet, dans le cas de « Bleeder » (1999), il s'agissait d'un fait anodin qui allait faire monter la pression interne. L'aspect extérieur – sa relation avec sa femme tombant enceinte -, n'était pas immoral contrairement à la mère de Julian qui, ici, le vampirise de toute son attitude œdipienne – contrôle via des brimades, castration mentale, jeu de manipulation … - . En outre, Julian qui subit complètement, est écrasé par l'histoire et ses protagonistes.
Nonobstant, ils ont tous les deux cette personnalité de violence rentrée qui peut exploser avec un bon déclencheur. Car au final ce ne sont pas des brutes assoiffées de sang – bien au contraire – mais des hommes simples dont la friabilité n'est qu'une bombe à retardement, de manière plus ou moins visible. De même, il constate l'existence de cette brutalité latente de manière tranquille, en la faisant figurer comme une appartenance légitime découlant de l'humanité. Enfin, ils montrent des leitmotiv personnel de Refn – immuable ou presque dans sa filmographie -, l'impossibilité de communication mais aussi la lutte de l'individu se débattant péniblement avec le monde en pleine évolution. Julian est ici perdu. Loin de son foyer natal, il tente de faire son chemin, d'aborder sa personnalité tranquillement tandis que les événements semblent le lier à son entourage, dans une spirale violente – bien sûr – mais surtout infinie.

C'est sans doute pourquoi la quête de Julian semble être une forme de religion, de mysticisme qui le placera au-dessus de sa condition, au-delà du monde dans lequel il vit pour se retrouver tel qu'il est réellement. Sa démarche donne lieu à de belles séquences un peu oniriques où sa frustration, sa noirceur intérieure sont relâchées tandis que le choc avec la réalité le pousse à retrouver sa pusillanimité. Sa seule lueur d'espoir est une romance impossible et parfois proche de la fantasmagorie.

Julian est toujours entre deux eaux et, hormis les allégories – parfois faciles – concernant son monde intérieur et extérieur, il vit dans un double univers, celui de l'occident et celui de l'orient. Sur ce sujet, Refn n'évite pas toujours les clichés. La mère et le frère sont des parfait colons, qui croient que tout leur est permis et que les locaux ne sont bon qu'à être esclaves. Ce sentiment de supériorité, ce mépris se retrouve dans l'expression de leur violence. Ils veulent tout décimer comme si un massacre n'était rien de plus que la noyade de quelques chatons et leurs actes sont expansifs. A l'opposé, Chang, l'ex-flic qui fait office de Boss du coin, joue de son regard, n'en fait pas des tonnes mais assène des coups et des sentences sans le moindre problème – la scène au karaoké généralise ce phénomène, tout comme l'obéissance envers l'autorité -. Si les deux pôles se rejoignent sur leur intransigeance, Refn se monte légèrement plus clément avec Chang qui choisit ceux qu'il punit et ne le fait pas sans une forme de rectitude – mais avec une brutalité affolante -, dans une tyrannie teintée de bienveillance.

Refn confronte donc deux visions des choses à travers desquelles Julian essaie de trouver sa voie, du refus de ployer jusqu'à l'expiation religieuse. Le final est tragique mais, pour Julian, il s'agit probablement d'un El Dorado.
Le film est bon et l'expérience à la fois viscérale et distante mais Refn pêche dans son écriture. Le scénario est vraiment léger surtout qu'il ne montre pas suffisant de nuances, qu'il est infecté par son caractère irrévocable.
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