TROPA DE ELITE   -   Tropa de elite
 
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2007
1h54
Wagner Moura – André Ramiro – Caio Junquiera – Milhem Cortaz – Fernanda Machado – Maria Ribeiro – Paulo Vilela – Fabio Lago – Andre Felipe …

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Critiqué par fear le 24/02/2012 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« Tropa de Elite » est un film percutant, bien moins caricatural qu'on veut bien le croire. Padhila embrasse le paysage global de manière nihiliste, de la marginalisation des individus évincés par un système social et policier cataclysmique, aux souffrances générées en passant par le fanatisme versant dans la violence et la vendetta. Il faut être attentif et ne pas prendre ce point de vue policier pour une version brésilienne de l'apologie des vindictes à la Bronson. L'intelligence du cinéma passe aussi par celle du regard du spectateur ….
 
Les favelas et leur misère guerrière n'abreuvent plus particulièrement les JT. Le cinéma avait su forger une première image de la situation avec le formidable « La cité de Dieu » (2002) dans lequel Mereilles dressait le portrait d'un peuple sacrifié, aux chances de survie digne quasi nulle.
Dans un tout autre registre, le cinéaste Jose Padhila, documentariste, signe un premier long-métrage qui créa une large polémique – malgré son ours d'Or à Berlin -. Après avoir enquêté sur une prise d'otage, « Bus 174 » (2002) où il rencontrera un des vrais protagonistes de la BOPE, il offre un miroir du film de Mereilles, le point de vue des policiers.

Une frange de la critique se fendit alors d'une surprise choquée, soulignant le parti pris fascisant de l'extrême violence policière. Le film est pourtant loin d'être si basique et primaire et offre la préhension du côté de la police, soumise à des contraintes tout comme les gangsters. Le titre du métrage provient du roman éponyme de l'anthropologue Luiz Eduardo Soares. Le suivi fut réalisé à partir des témoignages de membres de la BOPE – et notamment le capitaine, co-scénariste -.

LA LOI DU SYSTEME

Alors que Mereilles dressait un portait humain très sombre mais laissant une place à l'espoir, Padhila offre un regard plus clinique, plus systémique du fonctionnement de cette guerre des favelas.

Les truands ont un système bien rodé qui enrôle une grande partie de la population locale. Cette situation est établie indirectement par le biais de deux sources. Sans vraiment le dire, on a bien conscience que l'état brésilien ne parvient pas à rééquilibrer socialement ses habitants. La pauvreté est omniprésente et de ce fait ce sont les ONG qui doivent prendre le relais. Or, on comprend bien que celles-ci doivent avoir l'aval des cadors des lieux pour pouvoir faire leur travail. Le film dénonce d'ailleurs cette acceptation que le voyou est le garant du bien-être – on retrouve culturellement ces assertions au Japon avec les yakuzas ou encore quand la mafia avait pignon sur rue -.
L'opinion publique est elle aussi ciblée sans sourciller. La bienséance des classes moyennes et hautes, fortement anti-policières, ne pointe pas du doigt uniquement une responsabilité civique – on nous fait la morale, trop par moments – mais surtout l'accord tacite des médias et des pouvoirs publics qui semblent bien absents du débat.

Pour autant, ce n'est pas la politique du bouc-émissaire – ce serait un comble, puisque c'est précisément ce qui est dénoncé – qui est employée puisque le nettoyage est interne. La corruption qui part dans tous les sens, la banalisation de détournements divers créent une atmosphère propice pour maintenir le statut quo. Tout ceci est expliqué dans le détail pour que nous ayons les tenants et les aboutissants de cette attitude généralisée.

La globalité de ses forces en présences – militaires, civiles, gouvernementales – forme le système qui empêche toute évolution car personne n'a réellement envie de sortir les caïds des favelas si cela présente trop d'inconvénients ou trop de risques.
A cet égard, le film de Padhila ne se montre guère optimiste et le final – plutôt que de la complaisance – montre surtout une irrémédiable montée en puissance de la violence, quand bien même elle serait le fruit de bonnes intentions.

Le style du métrage oscille entre documentaire en ce qui concerne les phases calmes – présentation chapitrée, point de vue intimiste, voix-off – et véritable reportage de guerre lors des actions– caméra au poing, mouvements vifs de caméras -. L'esthétisme n'est donc pas une priorité, l'image se faisant le relais des actes qui se déroulent.

L'ETAU DE LA BOPE

Si on peut reprocher une forme de moralisation permanente du propos, le film personnifie très bien les enjeux pour la société brésilienne, dont finalement la BOPE est un appendice tranchant.

La police ne pouvant plus gérer la situation, cette branche militaire a été mise en place. Dans un premier temps – lorsqu'on nous présente les personnages – on suit avant tout le fonctionnement interne et, le plus important, comment l'intégrité est peu à peu broyée pour la plupart dans le système conventionnel. Les hommes qui vont pouvoir faire partie de cette élite se préparent à de grands maux. Outre la mort, la souffrance et le stress sont titanesques. L'interprétation est remarquable et surtout Wagner Moura – aperçu dans « Carandiru » (2003) –, le capitaine sur le départ. L'arrivée de la famille, ses peurs, son besoin de contrôle et bien entendu son dévouement complètement fou … Pourtant comme on a pu le dire, c'est un film qui ne met pas spécialement les personnalités en avant – l'important est l'idéologie sous-jacente -. Les deux recrues filmées sont en fait des oppositions de style, de buts qui se confrontent à une réalité bien différente – la mort réelle, l'absence d'idéal – et c'est là que la reconstitution de Padhila est intelligente.
On peut avoir l'impression qu'il se laisse dépasser par la fraction de témoignages que contiennent son histoire. Or, il les manipule pour, a contrario, montrer que tout homme est transformé par la situation mais aussi par le moule qu'est la BOPE, des fantassins qui doivent appréhender le fait d'être en première ligne par une dévotion totale.

L'éclairage est alors apporté sur la formation de ces brutes. La barbarie – même à l'entraînement -, l'endoctrinement, l'illusion que la violence est la situation. Cette entrée coup de poing dans les coulisses de ces troupes marque une fois de plus un matraquage fataliste, une solution ultime pour une situation qui a dégénéré.
Dans cette escalade, il n'y a que la mort et des milliers de vies détruites – des deux côtés –. Si on peut reprocher le manque de solution, il est certain que le constat édifiant d'une situation ubuesque où le meurtre et la torture sont un moyen « juste » de lutter contre le crime fait froid dans le dos.
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