THE BETRAYAL   -   Daisatsujin orochi
 
Annee
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1966
1h27
Raizo Ichikawa – Kaoru Yachigusa – Shiho Fujimura – Ichiro Nakaya ...

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Critiqué par fear le 16/03/2010 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« The betrayal » est un chambara qui va droit au but, privilégiant le combat allant d'une simple rixe à un épilogue guerrier absolument mythique. Des petits grains de sable viennent d'insinuer dans les rouages efficaces mais peu développés de l'intrigue. Il demeure une histoire d'amour magnifiée par son final très bien pensé et un périple varié et bien mis en valeur par un cinéaste intelligent. Culte pour son affrontement à 1 contre 200, il ne faut pas le réduire à cette donnée chiffrée puisqu'il possède d'autres qualités, plus humbles mais tout aussi utiles. Ichikawa est assez étonnant en trahi assoiffé de justice et de droiture, une entité opposée au monde qui l'environne ...
 
Véritable confirmé en chambara notamment pour la Daiei pour laquelle il réalisa certains « Zatoichi » et le premier « Nemuri Kyoshiro » (1963), Tanaka va ici produire une oeuvre qui lui est propre et qui ne sera pas destiné à une saga. En 1966, alors que l'on nage en plein âge d'or du chambara contestataire, il pense pouvoir tirer son épingle du jeu.
Bien qu'elle reste comme une oeuvre originale, l'ancien disciple de Mizoguchi prend l'essence d'un film oublié car très ancien, « Orochi » (1925).

Raizo Ichikawa, un des acteurs qui fait foi dans le genre, retrouve donc le cinéaste après son expérience dans la peau de Nemuri Kyoshiro. Le film tournera autour de ce personnage en délaissant allègrement les seconds rôles. Sa prestation est excellente, notamment par sa capacité à jouer sur plusieurs tableaux : Les pensées intimes et les scènes d'action.

LE COMBAT CULTE

L'explosion de la cérébralité dans le chambara des années 60 n'a pas eu raison de tous les projets. Les sous-titres sociaux, politiques ou simplement humains étaient légion et cela devint un passage obligé pour ne pas paraître has-been. Cette mode, fortement qualitative par ailleurs, se voit assez nettement ici. Le propos intéresse peu Tanaka et il va simplement exposer rapidement le pourquoi du comment – une dramaturgie classique - avant de nous mettre dans le bain, pour oeuvrer dans les affrontements.

Pas de doute, il sait comment s'y prendre pour filmer un échange au sabre. Le métrage se compose de nombreuses mises à morts avant le climax final. Tous ces petits heurts sont situés dans des environnements très variés : Au bord d'une route, près d'un fleuve, sur un flanc de colline, à l'intérieur d'une maison ... Remarquablement shooté, l'environnement ressort grandi des combats ce qui ôte toute lassitude dans la partie la plus dynamique. Les capacités d'Ichikawa sont confirmées avec une belle rapidité d'exécution. On peut tout de même avoir quelques – maigres – regrets.

Dans ce Noir et Blanc bien exploité, le manque de sang fait presque tâche. Eu égard au nombre de coups portés et aux zones corporelles touchées – comme le cou – on pouvait s'attendre à quelques effusions d'hémoglobines. Cela reste anecdotique et le seul reproche plus insistant réside dans le courte durée du duel avec le boss des Iwashiro. Une passe concise mais vive qui aurait pu générer un duel de très haute qualité, surplombant un ravin.

Toutefois la grande attraction qui fait que le film ne peut être oublié dans l'histoire du chambara se trouve dans le dernier quart d'heure. Pendant un quart d'heure, Ichikawa, seul, va affronter près de 200 adversaires. La durée conséquente et le nombre de combattants élevé pouvaient laissés songeur. En effet, comment ne pas tomber dans la monotonie ? C'est là que Tanaka se montre astucieux en multipliant toutes les probabilités. Entrecoupées de pause où l'on voit très bien la désagrégation de fatigue de notre héros, les séquences sont riches. Au niveau des outils on passe des blocages – panneaux de bois, échelles – à des armes – bâtons ou sabres -. Au niveau de la mise en scène, il utilise le maximum de possibilités : Changements d'angles de vue – plongés, entre des bâtiments, en plans serrés, en plan larges ... -. Il occasionne donc un final absolument anthologique et incontournable se plaçant par ailleurs au niveau des grands maîtres que l'on cite habituellement.

DES ASPERITES MARQUEES

Si sur un plan formel, l'artisan Tanaka se révèle très puissant – avec une belle photo en prime -, le scénario n'a rien de bien flamboyant sous-exploitant un peu tout sans pour autant avoir à rougir de son résultat.

Le scénariste Seiji Hoshikawa qui a principalement influencé la carrière des « Nemuri Kyoshiro » – ce qui n'est pas spécialement rassurant -, préserve le facteur sentimental pour lui faire la part belle – notamment le plan final, très esthétique -. Pourtant pendant toute la fuite de Kobuse, on n'apprend que peu de choses sur le flirt sentimental. D'un côté la morosité de la jeune femme, de l'autre le mutisme d'un homme qui cache ses sentiments. Ichikawa s'en sort assez bien – notamment dans les phases de défiance envers celle qui l'aide – et cela rend assez compatissant envers lui. Il reste toutefois une impression d'inertie pas si gênante que cela.

Plus de précisions quant à l'idéologie dominante aurait pu être appréciable. Le lobbying de l'honneur des castes écrasant les individus et les traîtrises qui marquent de manière indélébile les coeurs et esprits – à l'image du double suicide – monte une époque tourmentée où la parole est vite bafouée. Efficace mais minimaliste, les impressions du désespoir de la société sont minorées par l'enjeu romantique qui est moins passionnant que le débat de fond.

Tanaka invoque un samouraï à la grandeur d'âme démesurée qui se heurte à son époque et qui perd de vue sa bien-aimée. Il y a pourtant quelque chose qui cloche qui empêche de créer une oeuvre majeure. De petites incohérences – comme le chef et sa passivité ou le le voleur pas très intéressant – qui rendent ce séduisant chambara parfois un peu raté dans sa conduite d'intrigue malgré des qualités évidentes.
Un film solide et qui est incontournable par sa bataille orgiaque terminale.
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